Les établissements publics de santé du Limousin ont réalisé un audit stratégique de l'offre de soins de la région afin de déterminer des périmètres de coopération potentiels.
Comme le prévoit expressément le projet de loi « Hôpital, patients, santé, territoire », les futures communautés hospitalières de territoire (CHT) auront pour objectifs de mettre en oeuvre des stratégies communes entre établissements publics de santé afin de gérer en commun certaines fonctions et activités. La notion de stratégie de groupe fait ainsi officiellement son entrée dans le management des hôpitaux publics. Une notion sur laquelle des établissements de santé ont déjà entrepris une importante réflexion. Objectif : définir ensemble des périmètres de coopération potentiels. Tel est le cas, par exemple, des établissements publics et participant au service public hospitalier réunis depuis plusieurs années au sein du comité inter-établissements du Limousin (CIEL). Ce comité ad hoc rassemble tous les présidents de CME et les directeurs d’établissement publics de la région.
Complémentarité et coopération potentielles
C’est en son sein qu’est née l’idée, à la fin de l’année 2006, d’un audit stratégique chargé d’examiner les activités cliniques – établissement par établissement – à la recherche de zones de complémentarité et de coopération potentielles. « La T2A et l’EPRD imposent aux hôpitaux une maîtrise des coûts de production et une optimisation des recettes. Notre idée est donc de nous organiser ensemble pour faire progresser notre part de marché dans la région. L’heure n’est pas à la compétition mais à la coopération entre établissements publics », explique Gérard Tura, directeur du centre hospitalier de Tulle, et délégué régional de la FHF Limousin. D’autant que sur ce territoire de 750000 habitants, la concurrence entre privé et public est déjà vive.
Un état des lieux exhaustif de l’offre de soins
Avec l’aide d’un consultant extérieur rompu à la technique de l’analyse stratégique utilisée dans le secteur marchand, toute l’offre publique de soins de la région a été passée au crible par une cellule régionale composée de 5 directeurs d’établissements et de 2 médecins DIM afin d’établir un état des lieux exhaustif. Après 6 mois d’études, financées à 80 % par le fonds de modernisation des établissements de santé (FMES) et pour le reste par les établissements, l’analyse des activités, de l’environnement et des possibles évolutions en matière d’offre de soins a débouché sur l’élaboration d’un diagnostic régional. Ce diagnostic commun, une fois validé par les conseils exécutifs des établissements, a permis d’aboutir, 3 mois plus tard, à la définition d’un plan d’actions décliné autour de 7 grandes thématiques régionales : AVC, coronarographie, cancérologie, fidélisation des praticiens, SSR, promotion de l’anesthésie et chirurgie ambulatoire, et plan de coopérations multiples.
Vers un schéma régional de coopérations
Pour chaque thème, le constat et les enjeux ont été décrits et une série d’actions proposées. « Par exemple, sur la fidélisation des praticiens, l’idée générale est d’organiser une gestion des ressources humaines médicales au plan régional. Une structure qui s’occuperait du recrutement, de la gestion des carrières, des mises à disposition... », décrit Gérard Tura. Autre exemple d’action, la mise en place d’une cellule régionale des médecins DIM et des directeurs des affaires financières afin de suivre toutes les données médico-économiques de la région. Adoptées par l’ensemble des conseils exécutifs de la région, le 26 novembre 2008, ce plan d’actions doit être aujourd’hui progressivement mis en place.
Mais la démarche stratégique ne s’arrête pas là. « Nous allons, dès à présent, préparer la loi HPST avec un objectif : proposer à la future ARS un schéma régional cohérent et polymorphe des coopérations entre établissements publics », indique Gérard Tura. Ce schéma régional définirait les périmètres de coopération en précisant pour chacun le cadre juridique le plus approprié : CHT ou GCS. Avec un leitmotiv : conforter les positions de l’offre publique de soins, récupérer des parts de marché et éviter les concurrences inutiles.