A l'occasion du 39e congrès de la Mutualité française, Francis Contis, le président de l'Union mutualiste de gestion des établissements du Grand Lyon, dessine les pistes de coopérations envisagées sur le territoire entre établissements mutualistes et établissements publics.
Le congrès de la Mutualité française est intitulé "Innover pour un monde plus solidaire : de nouveaux territoires pour la Mutualité". L’hospitalisation est-elle un nouveau territoire pour la Mutualité ?
Francis Contis : Nous avons aujourd’hui la volonté de créer un grand réseau d’établissements de santé propre à la Mutualité. Jusqu’à présent, nos établissements étaient cloisonnés et isolés les uns par rapport aux autres. Nous voulons des établissements mutualistes plus solidaires avec davantage de services en commun : communication, achat, qualité, évaluation des pratiques, comparaison des coûts… Mais surtout l’idée que nous cultivons est de mixer dans nos établissements les cultures des médecins salariés et des médecins libéraux. Nous devons parvenir à faire travailler ensemble des professionnels de santé qui s’ignoraient jusqu’à présent.
Comment y parvenir ?
Quand nous rapprochons des établissements et des équipes médicales, nous parvenons à faire travailler ensemble, spécialité par spécialité, des médecins qui avaient à l’origine des statuts différents. Nous leur proposons même de bénéficier de statuts hybrides. Nous favorisons aussi les passerelles pour que les praticiens puissent travailler dans un de nos établissements et dans un autre. Mais notre volonté de coopération dépasse le cadre des établissements de la Mutualité. Nous sommes aussi tournés vers l’extérieur, et en priorité vers les établissements du service public.
Comment se concrétisent ces coopérations avec le service public ?
En Rhône-Alpes, par exemple, nous avons créé un groupement de coopération sanitaire entre le centre hospitalier d’Oyonnax et la polyclinique d’Ambérieu-en-Bugey. Dans la Loire, nous avons un centre de cancérologie géré en commun avec le service public. Même chose dans l’Isère. Nous avons aussi le projet avec les Hospices civils de Lyon (HCL) de mettre en place plusieurs GCS. Nous envisageons aussi des coopérations avec des équipes médicales d’établissements. L’idée est de proposer des carrières à des jeunes médecins – des chefs de clinique assistants – qui soient partagées entre établissements public et mutualiste.
Comment cela fonctionne-t-il ?
Ces jeunes médecins pourraient travailler pendant un temps chez nous puis ensuite aux HCL, ou même partager une activité commune. Le partenariat est plus intéressant que de rechercher l’affrontement et la concurrence. En permettant ainsi à des jeunes médecins d'aller et venir entre nos établissements, cela sécuriserait les structures et apporterait à la nouvelle génération une meilleure connaissance de la filière des soins.
Qu’attendez-vous de ces coopérations avec le service public ?
Nous visons d’abord à assurer la permanence et la continuité des soins. Nos équipes respectives de spécialistes pourraient partager des gardes, et donc assurer une meilleure gestion des emplois du temps. Ensuite, l’idée est d’effacer ces phénomènes de concurrence pour accepter de créer des degrés de recours. Nous ne prétendons pas avoir toujours le même degré d’expertise ou de technicité qu’un CHU, mais nous pouvons soulager les hôpitaux universitaires sur un certain nombre d’activités.