Danielle Duchassaing est biologiste, responsable du DU « assurance qualité en biologie médicale» à l'Université Paris Descartes. Elle présente les grands enjeux de la réforme de la biologie médicale et esquisse l'impact de cette réforme sur les laboratoires hospitaliers.
Quels sont les grands enjeux de la réforme de la biologie médicale pour l'hôpital ?
Le grand enjeu est la médicalisation de la biologie. Aujourd’hui, le biologiste est encore trop souvent considéré comme un prestataire de service. La réforme modifiera l’image des biologistes médicaux en renforçant leur rôle de conseil et leurs relations avec les prescripteurs et avec l’ensemble des professionnels de santé. Cette médicalisation de la profession aura aussi un impact sur les organisations à l’hôpital car elle imposera aux services administratifs et aux pôles d’activités de contractualiser avec les biologistes. Elle aura aussi des conséquences économiques en exigeant des biologistes une plus grande efficience. Et grâce à la T2A, les hôpitaux astucieux se rendront très vite compte qu’il est financièrement avantageux de disposer d’un centre de prélèvement à l’intérieur de l’hôpital.
A l’heure des communautés hospitalières de territoire, la mutualisation des laboratoires hospitaliers semble plus que jamais à l'ordre du jour. Sur quels critères, les laboratoires doivent-ils être, selon vous, regroupés ?
La mutualisation des laboratoires hospitaliers exigera une très forte coopération avec les prescripteurs qui devront accepter les nouvelles contraintes organisationnelles. L’objectif étant la maitrise de la prescription, le regroupement des laboratoires découlera de la confrontation de trois critères fondamentaux. Tout d’abord un critère de proximité exprimé en temps horaire et non pas en nombre de kilomètres, associé à une logistique de transport performante, la distance entre les établissements devant rester inférieure à 30 minutes de transport. Les établissements doivent ensuite être reliés entre eux par un système informatique efficient. Ces regroupements ne seront enfin réussis que s‘ils sont accompagnés de projets motivants pour les différents personnels.
Les contraintes restent nombreuses : l’informatisation, le respect des bonnes pratiques par tous les acteurs et la mise en conformité réglementaire des laboratoires.
Quelles sont les conditions de réussite de ces mutualisations ?
J’en vois deux principales : les personnels doivent être respectés et les laboratoires doivent être accrédités. Les exigences de l’accréditation sont d’ailleurs très au-dessus du niveau des systèmes qualité actuel. Si les procédures d’accréditation se déroulaient aujourd’hui, seuls 10 à 15 % des laboratoires hospitaliers passeraient cet obstacle. En 2016, les petites structures avec un seul biologiste ne seront pas accréditées si elles restent isolées. Dans les CHU, les effets de la réforme et l’accréditation devraient aboutir à un regroupement des laboratoires et à une centralisation des activités très spécialisées, et donc à une réduction « mécanique » du nombre de laboratoires mais qui ne correspondra pas à une perte d’activité. Et en dehors des CHU, selon mon analyse, il pourrait ne rester à terme, que 250 à 300 laboratoires hospitaliers – au sens de la réforme - sur les 500 à 600 existants.
Les CHT représentent donc une opportunité pour la biologie médicale…
Le regroupement des laboratoires lèvera les contraintes liées au manque de moyens mais en créera d’autres. L’organisation d’un laboratoire de biologie médicale dans une CHT sera complexe à mettre en place. Ne serait-ce que sur la question des transports ou de la transmission des résultats d’analyse. Pour réussir le regroupement des laboratoires, il faudra relever le défi de l’informatisation et donner aux biologistes les moyens pour travailler.